On présente ici l'ensemble des paramètres liés à la démarche de dimensionnement des fourreaux CAO, qui sera détaillée section par section. Cette démarche est conforme aux prescriptions du Fascicule 70 et couvre l'intégralité des vérifications structurelles requises pour le fonçage horizontal.
1. Géométrie et propriétés de la conduite
La géométrie de la conduite CAO est définie par les paramètres suivants :
- Diamètre nominal DN
- Diamètre intérieur Di ou extérieur De
- Épaisseur : e
Propriétés du matériau de la conduite
Les paramètres mécaniques du matériau intervenant dans les calculs sont :
- Module d'élasticité instantané ETi et différé ETv
- Coefficient de Poisson : νT (béton) = 0,2
Formules caractéristiques du tuyau
2. Groupes de sol et paramètres de calcul
Les classes Gi sont définies par le Fascicule 70. Il s'agit d'une classification permettant de regrouper les sols en fonction de leur correspondance avec la norme NF P 11-300.
Paramètres k₂ et 2α selon le groupe de sol
Les valeurs des paramètres k₂ et de l'angle d'appui 2α sont déterminées en fonction du groupe de sol et du mode de mise en place :
Modules de sol Es
Les valeurs du module de sol Es en fonction du groupe de sol et de la qualité de compactage sont extraites du tableau suivant :
Propriétés des matériaux courants de canalisation
3. Action verticale du remblai – Théorie de Marston
La pression des terres agissant sur la conduite de fonçage (micro-tunnel) peut être déterminée à l'aide de la théorie de Marston par les formules suivantes :
- Ct : coefficient de Marston
- Bt : largeur du terrain excavé
- γ : poids volumique du sol
- c : cohésion du terrain
- k = tan²(π/4 − φ/2)
- μ′ = tan(φ′)
- H : profondeur de la génératrice supérieure
- φ : angle de frottement interne du sol
4. Surcharges roulantes en surface
L'évaluation de l'effet des charges roulantes se fait conformément au chapitre B du guide SETRA O.H.A.P.ab 64.
Effet des surcharges roulantes
Les surcharges supportées par les aqueducs enterrés sont d'autant plus importantes que la hauteur de remblai qui les recouvre est plus faible. Elles sont évaluées par la formule :
- Q₂ : charge moyenne sur la section (kg/ml)
- l : longueur de la section prise en compte (≥ 1 m pour ouvrages préfabriqués)
- I : coefficient de transmission
- Ph : fraction de la surcharge P agissant à la profondeur H (kg)
Évaluation de la charge Ph
Le calcul est facilité par les tables de HoIl et Newmark, résultant de l'intégration de la formule de Boussinesq. Ces tables permettent d'évaluer la pression moyenne sur une aire rectangulaire de dimensions X, Y à une profondeur H. Dans les deux cas, la pression est :
- C : coefficient défini par les tables de HoIl et Newmark
- m = X / H
- n = Y / H
Cas des surcharges concentrées
Les surcharges concentrées sont considérées comme ponctuelles au niveau du sol. Lorsque la surcharge est en un point quelconque au-dessus du rectangle considéré, celui-ci est divisé en quatre rectangles et le coefficient C est la somme des quatre coefficients correspondants.
Surcharges à considérer pour les autoroutes
Les surcharges sont celles définies par :
- Fascicule 61, Circulaire n° 65 du 19 août 1960 — Système A (uniformément réparties) et Système B (roue 10 t, cylindre 20 t, camions 30 t)
- Circulaire série B n° 27 du 11 février 1946 — Convoi militaire 4e classe I : Char de 100 tonnes
Tables de HoIl et Newmark
5. Vérification à l'ELU et à l'ELS
Moment d'ovalisation
Pression moyenne d’étreinte :
Les pressions à prendre en compte sont :
- pv : pression verticale s'exerçant au niveau de la génératrice supérieure (remblai + charges roulantes)
- ph : pression horizontale s'exerçant au niveau des reins de la canalisation
- pwe : pression hydrostatique extérieure, en cas de présence de nappe
L’expression de pwe s’écrit comme suit :
Moment fléchissant à l’appui
Le coefficient de moment kα est fonction de l'angle d'appui 2α exprimé en radians.
Pour les canalisations de diamètre nominal ≥ 1 m, il y a lieu d'ajouter au moment calculé à l'appui le moment Mw généré par le poids propre de l'effluent, avec le coefficient s traduisant l'interaction du tuyau avec le sol.
Avec « s » coefficient traduisant l’interaction du tuyau avec le sol :
Moment fléchissant aux reins
Moments fléchissants et moment de dimensionnement
Vérification de la force portante à l'ELU
La vérification de la force portante consiste à vérifier la condition suivante :
- FR : charge de rupture minimale garantie vis-à-vis de l'ELU
- Mu : moment calculé à l'ELU majoré par le coefficient γa
- γM : coefficient de sécurité défini par le Fascicule 70
Vérification de l'état limite d'apparition de fissure à l'ELS
On vérifie que sous les effets de charge de service l’inégalité suivante doit être vérifiée :
FF : charge minimale garantie d’ouverture de fissure stable admissible en service
Vérification de la contrainte (ELU)
On vérifie que la contrainte calculée est telle que :
- σ : contrainte admissible garantie par le fabricant (documentation commerciale ou avis technique)
- σu contrainte calculée à l’état limite ultime. Pour un matériau homogène, elle est égale à :
Vérification du flambement
On vérifie que la condition de flambement est satisfaite, avec γF pris égal à 2,5.
6. Choix et adoption de la classe
Principe des classes de fabrication
Les tuyaux en béton sont classés en « séries » selon leur nature (A, B ou F) et leur résistance à l'écrasement (90, 135, 165, 200, etc.) :
- Tuyaux en béton armé (A) : séries 90 A, 135 A, 165 A, 200 A…
- Tuyaux en béton non armé (B) : séries 90 B, 135 B
- Tuyaux en béton fibré acier (F) : séries 90 F, 135 F, 165 F, 200 F…
Exemple : un tuyau en béton armé de diamètre 600 mm, de série 135 A, peut supporter une charge minimale de 135 × 0,60 = 81 kN/ml, soit 194,4 kN pour un tuyau de 2,40 m de longueur.
Classes mécaniques – Béton armé (Classe A)
Classes mécaniques – Béton non armé (Classe B)
Classes mécaniques – Béton fibré acier (Classe F)
Critères de choix
Le choix de la classe de la canalisation est déterminé par la vérification de la résistance à l'ELU ainsi que par la limitation de la fissuration à l'ELS. La classe du CAO retenue doit satisfaire l'ensemble des vérifications : force portante, état limite d'apparition des fissures et contraintes admissibles.
7. Condition de résistance lors du poussage
Lors du processus de fonçage, les tuyaux subissent deux types de sollicitations :
- Efforts de poussage des vérins
- Frottement du tuyau avec le sol
Pour que les tuyaux se déplacent, la force exercée par les vérins doit dépasser la résistance à la friction. Pour que les tuyaux résistent, leurs résistances à la compression longitudinale doivent être supérieures à l'effort de frottement.
- P : poids des tuyaux
- φ : angle de frottement interne du sol
- Sh : surface en contact avec le sol
- C : cohésion
La force théorique de poussée maximale admissible doit être largement supérieure à la poussée exercée sur le chantier (F). Cette dernière doit intégrer un coefficient de sécurité défini par l'entreprise, en tenant compte de la méthode de fonçage utilisée, de la nature du sol et des aléas potentiels.
8. Pression d'injection du coulis de ciment
L'objectif de l'injection du coulis de ciment est de compenser le tassement du sol au-dessus de la conduite, préservant ainsi l'intégrité de l'infrastructure concernée. Il est crucial que la pression d'injection ne soulève pas l'infrastructure.
La pression d'injection maximale à ne pas dépasser dépend de la hauteur de sol au-dessus du fourreau et du poids volumique du sol :
- γ : poids volumique du sol (kN/m³)
- H : hauteur de sol au-dessus du fourreau (m)
La valeur de Plimite ne doit pas dépasser 0,1 MPa
Par conséquent, la pression d'injection appliquée sur chantier doit être inférieure à ce seuil.